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Langue: Français
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Mardi, 20 août 2019
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Internat de Berlaymont - Drève d’Argenteuil, 10-D - 1410 Waterloo
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Formation de base

Le XXe siècle a été le siècle des poètes communistes. Aragon, Eluard, Maïakovski, Brecht, Neruda, Hikmet, Ritsos, Vallejo, Alberti, Guillen, Darwich, Aï Tsing… le nombre des poètes qui a un moment de leur vie (ou toute leur vie) ont été liés  au combat pour le socialisme et le communisme et la place qui fut la leur dans l’histoire de la poésie mondiale, justifient cette affirmation qui peut sans doute en étonner certains. On s’interrogera sur les raisons qui expliquent ce phénomène, mais plus encore sur ce que ces poètes, dans leur diversité, ont apporté au combat collectif. Ce sera l’occasion de réfléchir sur la fonction sociale du poète et de la poésie. Ce qui est en jeu, à travers elle, c’est à la fois cette aventure particulière du langage que suppose toute grande poésie, mais aussi le devenir de notre sensibilité et de notre conscience, la poésie, à mes yeux, n’étant pas seulement un art du langage mais une forme de la conscience sensible.
Aborder ce sujet conduit à réfléchir au rapport entre la « vérité pratique » et « l’utopie concrète » (comme disait le philosophe marxiste Ernst Bloch), le réalisme et l’irréalisme, le matérialisme et l’idéalisme, qui dans le domaine esthétique, entretiennent des relations particulières. C’est aussi, par là-même, s’interroger sur ce qu’on pourrait appeler, dans une optique tout à fait matérialiste, « la dimension spirituelle » du communisme.
La révolution poétique initiée par Rimbaud et prolongée par les avant-gardes du début du siècle avait fait du mot d’ordre de « changer la vie », la tâche même de la poésie. Pour beaucoup, cette transfiguration de la vie devait passer par la libération du désir, de l’inconscient et du langage. Les poètes communistes ont participé à cette aventure mais ils ont aussi cherché à la dépasser. Il y a, pour reprendre le titre d’Eluard, une « leçon de morale » non seulement de la révolution poétique du XXème siècle, mais, au sein de cette révolution, précisément de la poésie que l’on dit « engagée ».
On essayera aussi d’aborder les problèmes spécifiques que pose cette poésie et qu’il ne s’agit pas d’esquiver.

Mais, quelles que soient les personnalités, les tempéraments et les esthétiques diverses (et parfois tout à fait opposées) de ces poètes, tous ont eu  à prendre en compte le drame de la condition humaine, dans les conditions de la société capitaliste, et sa transformation possible. Tous ont développé des valeurs en grande partie nouvelles au regard de la tradition poétique : la fraternité, la solidarité, l’espérance humaine, valeurs liées aux nécessités du combat. Dans le même temps, ils ont été conduits à donner de nouvelles formulations à quelques-unes des questions les plus universelles traitées par les poètes de toutes les époques et de tous les pays : le rapport entre lyrisme, satire et épopée, la question du malheur et du bonheur, l’attitude face à la vie et la mort, la confiance dans l’avenir et la part maintenue du mystère, et par-dessus tout peut-être, la nécessité de la réinvention de l’amour. En liant la question du bonheur individuel au combat pour le bonheur commun, ils ont donné une réponse nouvelle à la question d’Hölderlin : habiter le monde en poète.
Enfin, j’espère que cette rencontre, tirant quelques conclusions de la grandeur et des limites de cette histoire, sera aussi l’occasion d’esquisser les voies possibles, en ce début de XXIème siècle, d’une poésie qui se voudrait révolutionnaire.

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