Études marxistes


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POL DE VOS

Les communistes cubains face aux défis économiques : deux documents de base

Introduction

Le 16 avril 2011 débute le 6e Congrès du Parti communiste de Cuba. C’est jour pour jour cinquante ans après la proclamation par Fidel du caractère socialiste de la révolution cubaine. La chose eut lieu lors des funérailles des victimes des bombardements aériens, à la veille de l’invasion (soutenue par les États-Unis) de la baie des Cochons (Playa Girón). Au bout de trois jours, les mercenaires cubains avaient été définitivement vaincus. C’est précisément cinquante ans après cette victoire que le 6e Congrès fera connaître ses décisions.

Pour donner une idée au lecteur de l’importance de ce congrès, nous publions de larges extraits d’un discours tenu par Raúl Castro devant le Parlement cubain, le 18 décembre 2010. Il y donne un survol de la nécessité de réformes structurelles dans l’économie cubaine. Il explique les problèmes externes et internes auxquels Cuba est confronté et il expose les grandes lignes des changements qui seront apportés dès 2011. Ici, Castro ne mâche pas ses mots. Il cite les problèmes nommément et esquisse brièvement l’important changement du contexte international. Il y va de critiques contre certaines situations déplorables au sein de l’économie cubaine, mais aussi dans le fonctionnement du Parti communiste de Cuba (PCC).

Les réformes économiques et sociales prévues sont importantes. Elles modifieront profondément la société cubaine. Castro déclare en même temps que le socialisme à Cuba n’est pas remis en question : « Je n’ai pas été élu président pour restaurer le capitalisme à Cuba ni pour saborder la révolution. J’ai été élu pour défendre, maintenir et continuer à perfectionner le socialisme, non pour le détruire. Les mesures que nous appliquons et toutes les modifications qu’il s’avérerait nécessaire d’introduire dans l’actualisation de notre modèle économique visent à préserver le socialisme, à le fortifier et à le rendre vraiment irrévocable. »

Dans la deuxième partie de cette contribution, nous indiquons les lignes de force des réformes prévues. Ce survol s’appuie sur le document de discussion qui a été diffusé massivement à Cuba depuis novembre 2010. Ce document a été rédigé par une commission du Comité central sur base de larges discussions qui ont eu lieu dans tout le pays au cours des deux dernières années. Depuis novembre, ce texte est à nouveau discuté dans chaque quartier, dans chaque entreprise, dans chaque service public, en préparation du Congrès. Et là, il sera proposé au vote. (PDV)

Raúl Castro : « La vie de la Révolution est en jeu1 »

Introduction graduelle et progressive des changements à partir de 2011

Malgré les retombées de la crise mondiale sur notre économie, l’irrégularité des pluies ces dix-neuf derniers mois — de novembre 2008 à juin 2010 — et sans exclure nos propres erreurs, le plan 2010 s’est réalisé d’une manière acceptable et nous atteindrons la croissance prévue de 2,1 % du produit intérieur brut (PIB). Nous avons accru les exportations de biens et de services ; avant même la fin de l’année, la quantité de touristes étrangers prévue a été atteinte mais, une fois de plus, nous n’avons pas atteint les revenus espérés ; l’équilibre financier interne s’est consolidé et, pour la première fois en plusieurs années, on constate une dynamique favorable, bien qu’encore limitée, dans la productivité du travail par rapport au salaire moyen.

Les limitations que nous avons été contraints d’imposer fin 2008 aux paiements entre banques cubaines et fournisseurs étrangers continuent de se réduire et seront totalement supprimées l’an prochain, et nous avons enregistré des avancées significatives dans la renégociation de la dette avec nos principaux créanciers. Le gouvernement a donné des instructions précises de ne pas assumer de nouvelles dettes sans assurance de paiement dans les délais concertés.

Le plan pour 2011 prévoit une croissance du PIB de 3 %, à atteindre dans un environnement non moins complexe et tendu que cette an-née-ci. L’année 2011 est la première des cinq incluses dans les prévisions économiques à moyen terme, une période durant laquelle nous introduirons de manière graduelle et progressive des changements structurels et conceptuels dans le modèle économique cubain. Nous continuerons à réduire résolument les dépenses superflues, en stimulant les économies de toutes sortes de ressources, ce qui, nous l’avons dit à plusieurs reprises, constitue la source de rentrées la plus sûre et la plus rapide dont nous disposons. Ce qui ne veut pas dire pour autant que nous négligerons les programmes sociaux de santé, d’éducation, de culture et de sport. Au contraire, nous en élèverons la qualité, car nous y avons repéré d’énormes réserves d’efficacité si nous utilisons plus rationnellement les infrastructures en place. Nous élèverons aussi les exportations de biens et de services, tout en continuant de concentrer les investissements dans les activités où l’amortissement est le plus rapide.

En finir avec les imprécisions et le mensonge

En ce qui concerne le plan et le budget, nous avons insisté pour qu’il soit mis fin une fois pour toutes aux non-exécutions et aux virements à découvert. Le plan et le budget sont sacrés. Je le répète : désormais, le plan et le budget sont sacrés. On les met au point pour qu’ils soient exécutés, non pour entendre ensuite des justifications de toutes sortes accompagnées parfois, sciemment ou non, d’imprécisions et de mensonges quand les objectifs ne sont pas atteints.

Certains compañeros nous fournissent parfois, sans intention frauduleuse, des informations inexactes qui proviennent de leurs subordonnés, mais qu’ils n’ont pas pris la peine de vérifier. Ce sont là des mensonges inconscients, mais qui peuvent entraîner des prises de décision erronées ayant des répercussions plus ou moins graves sur la nation. Quiconque agit de la sorte ment et doit être, quel qu’il soit, retiré de son poste, non à titre temporaire, mais définitif, puis, le cas échéant, écarté du parti après analyse des organismes concernés.

Il faut tout faire pour éliminer définitivement le mensonge et la tromperie de la conduite des cadres à tous les niveaux. Ce n’est pas pour rien que le compañero Fidel a posé, entre autres critères, dans sa brillante définition du concept de révolution : « Ne jamais mentir et ne jamais violer de principes moraux. »

Un véritable exercice de démocratie

Une fois publié, le 9 novembre 2010, le projet des Lignes directrices de la politique économique et sociale, le train du 6e Congrès du parti s’est ébranlé. Le vrai congrès sera en effet la discussion ouverte et franche de ses énoncés — comme c’est en train de se faire — par les militants et par le peuple tout entier, ce qui permettra, grâce à ce véritable exercice de démocratie, de l’enrichir et, sans exclure les opinions divergentes, d’aboutir à un consensus national sur la nécessité urgente d’introduire des changements stratégiques dans le fonctionnement de l’économie afin de rendre le socialisme à Cuba viable et irréversible.

Il n’y a pas de raisons de craindre les divergences de critères. Cette orientation, qui n’est pas nouvelle, ne doit pas se circonscrire au débat sur les Lignes directrices : les divergences d’opinion, exprimées de préférence à l’endroit adéquat, au moment opportun et de manière correcte, seront toujours préférables à la fausse unanimité fondée sur la simulation et l’opportunisme. C’est par ailleurs un droit dont nul ne doit être privé. Plus nous serons capables de générer dans l’analyse d’un problème le plus grand nombre d’idées possibles, et plus nous serons proches de la solution appropriée.

Nous sommes convaincus que la situation économique est la principale tâche du parti et du gouvernement et la matière de base sur laquelle les cadres doivent plancher à tous les niveaux.

Il faut étaler sur la table toutes les informations et tous les arguments qui justifient chaque décision et, soit dit en passant, supprimer la manie du secret à laquelle nous nous sommes accoutumés en plus de cinquante ans de harcèlement ennemi. Un État devra toujours maintenir le secret sur certaines questions — c’est logique et nul ne le discute —, mais pas sur celles qui définissent le cours politique et économique de la nation. Il est vital d’expliquer et de fonder en raison la justesse, la nécessité et l’urgence de chaque mesure, si dure qu’elle paraisse, et d’en convaincre le peuple.

Le parti, l’Union des jeunes communistes, aux côtés de la Centrale des travailleurs de Cuba et de ses syndicats, ainsi que les autres organisations de masse et organisations sociales sont capables de mobiliser l’appui et de gagner la confiance de la population par un débat exempt de dogmes et sur des schémas viables. C’est justement là le contenu essentiel de la Conférence nationale du Parti qui se tiendra en 2011, après le Congrès : nous y analyserons, entre autres points, les modifications à apporter aux méthodes et au style de travail de notre parti.

Transformer des concepts erronés et insoutenables au sujet du socialisme

Il faut changer la mentalité des cadres et de tous nos compatriotes face à ce nouveau scénario qui commence à se dessiner. Il s’agit tout simplement de transformer des concepts erronés et insoutenables au sujet du socialisme, très ancrés des années durant dans de vastes secteurs de la société à la suite de l’approche excessivement paternaliste, idéaliste et égalitariste que la révolution a instituée au nom de la justice sociale.

Nous sommes beaucoup à confondre le socialisme avec la gratuité et les subventions, l’égalité avec l’égalitarisme, et à considérer le carnet de rationnement comme un acquis social intangible. Je suis convaincu à cet égard que plusieurs des problèmes auxquels nous nous heurtons aujourd’hui trouvent leur origine dans cette méthode de distribution qui, bien qu’inspirée au départ par la volonté saine d’assurer au peuple un approvisionnement stable d’aliments et autres marchandises, face à l’accaparement sans scrupules auxquels certains recouraient à des fins de profit, constitue une expression manifeste d’égalitarisme qui bénéficie aussi bien à ceux qui travaillent qu’à ceux qui ne travaillent pas ou à ceux qui n’en ont pas besoin, ce qui favorise des pratiques de troc et de revente sur le marché noir, etc.

Régler cette question complexe et sensible n’est pas simple, car elle est étroitement en rapport avec le renforcement du rôle du salaire dans la société, et ce ne sera possible que si, tout en réduisant les gratuités et les subventions, nous élevons la productivité du travail et l’offre de produits.

Sur ce point, tout comme sur la réduction des excédents de personnel, l’État socialiste ne laissera aucun citoyen à l’abandon et, par le système d’assistance sociale, assurera aux personnes qui ne peuvent pas travailler la protection minimale requise. Les subventions continueront d’exister à l’avenir, mais elles concerneront non les produits, mais les Cubaines et les Cubains qui en ont vraiment besoin pour une raison ou une autre.

Si nous voulons continuer à boire du café, nous devrons en produire

Nous ne pourrons pas nous payer le luxe, l’an prochain, de dépenser presque cinquante millions de dollars en importation de café pour maintenir les quantités distribuées jusqu’à présent aux consommateurs, dont les nouveau-nés. Si nous voulons continuer à boire du café pur et sans rationnement, alors la seule solution est que nous le produisions à Cuba, où toutes les conditions sont réunies pour obtenir la qualité la plus élevée, en quantités suffisantes pour satisfaire la demande, voire pour l’exporter.

À la fin de la guerre d’agression américaine, le peuple vietnamien héroïque et invaincu nous a demandé de lui apprendre à cultiver du café, et nous y sommes allés, nous lui avons appris, nous lui avons transmis notre expérience. Le Vietnam est aujourd’hui le second exportateur de café au monde. Et un fonctionnaire vietnamien a demandé à son collègue cubain : « Comment se fait-il que vous, qui nous avez appris à cultiver le café, vous nous en achetiez maintenant ? » Je ne sais pas ce que le Cubain lui a répondu. Il lui aura sûrement dit : « Le blocus. »

Le socialisme doit se bâtir selon les particularités de chaque pays

Même si nous avons pu compter sur le legs théorique marxiste-léniniste qui prouve scientifiquement que le socialisme est faisable et sur l’expérience pratique d’autres pays qui se sont efforcés de le construire, l’édification de la nouvelle société sur le plan économique est, à mon humble avis, un voyage dans l’inconnu, raison pour laquelle chaque pas doit être mûrement pensé et planifié avant de faire le pas suivant, afin de corriger les erreurs d’une manière opportune, sans attendre que le temps le fasse, car il ne fera que les aggraver et nous présentera à la fin une facture encore plus salée.

Nous sommes tout à fait conscients des erreurs que nous avons commises. Les Lignes directrices indiquent justement le point de départ de la rectification et de la nécessaire actualisation de notre modèle économique socialiste. Que nul ne s’y méprenne : les Lignes directrices mettent le cap sur l’avenir socialiste adapté aux conditions de Cuba, non un retour au passé capitaliste et néocolonial liquidé par la révolution. C’est la planification, et non le libre-échange, qui sera le trait distinctif de l’économie, et la concentration de la propriété est interdite. C’est clair comme de l’eau de roche, même s’il n’y a pas de pire aveugle que celui qui ne veut pas voir.

Le socialisme doit se bâtir selon les particularités de chaque pays. Nous n’avons plus l’intention de copier qui que ce soit, car cela nous a attiré bien des déboires, d’autant que nous copiions mal. Ce qui ne veut pas dire pour autant que nous ignorions les expériences des autres et que nous n’apprenions pas d’elles, y compris des expériences positives des capitalistes.

Des changements de mentalité nécessaires

Puisque nous sommes arrivés à la conclusion que le travail à son compte constitue une possibilité d’emploi de plus pour les citoyens d’âge actif, en permettant d’élever l’offre de biens et services et de libérer l’État de ces activités de sorte qu’il se concentre sur ce qui est vraiment décisif, la fonction du parti et du gouvernement est donc de le faciliter, et non de le stigmatiser à partir de préjugés, encore moins de le diaboliser. Pour ce faire, il est essentiel que bon nombre d’entre nous modifient l’opinion négative qu’ils ont du travail privé.

Les classiques du marxisme-léninisme, projetant les traits qui devaient caractériser la construction de la nouvelle société, ont conclu entre autres que l’État, représentant tout le peuple, doit maintenir la propriété des moyens de production fondamentaux. Nous avons fait de ce principe un absolu et nous avons transformé en propriété publique presque toute l’activité économique du pays.

Les mesures pour amplifier et assouplir le travail à son compte sont issues de profondes réflexions et analyses. De son côté, la Centrale des travailleurs de Cuba et ses syndicats nationaux étudient les formes et les méthodes requises pour organiser la prise en charge de cette force de travail, promouvoir le respect rigoureux de la loi et des impôts, et motiver chez ces travailleurs le rejet de l’illégalité. Nous devons défendre les intérêts des travailleurs à leur compte comme nous le faisons pour n’importe quel autre citoyen, pourvu qu’ils respectent les normes juridiques approuvées.

Il reste encore beaucoup à faire pour promouvoir les différentes formes de production agricole afin d’optimiser les forces productives, de sorte que, tout en nous permettant d’importer moins d’aliments, les agriculteurs puissent obtenir des revenus justes en fonction de leur dur labeur ; ce qui ne justifie pas pour autant qu’ils imposent des prix abusifs à la population.

Voilà maintenant deux ans que nous avons commencé à distribuer en usufruit des terres en friche. J’estime opportun de préciser que les terres confiées en usufruit constituent la propriété de tout le peuple, de sorte que si l’État en avait besoin un jour pour d’autres usages, il compenserait les usufruitiers de leur investissement et leur paierait la valeur de leurs apports.

L’un des obstacles les plus difficiles à surmonter dans la formation de cette nouvelle vision des choses — et nous devons le reconnaître publiquement — c’est l’absence de culture économique dans la population, voire chez nombre de cadres qui, étalant une ignorance crasse en la matière, adoptent ou proposent face aux problèmes quotidiens des décisions qui ne tiennent absolument pas compte des dépenses qu’elles engendrent, ou ne se demandent jamais s’il existe pour cela des ressources suffisantes au plan et au budget.

Nous avons négligé la planification à moyen et à long terme

Nous avons en fait manqué de cohésion, d’organisation et de coordination entre le parti et le gouvernement. Au milieu des menaces et des urgences quotidiennes, nous avons négligé la planification à moyen et long termes, nous n’avons pas été assez exigeants face aux violations et aux erreurs économiques commises par certains dirigeants et nous avons trop tardé à rectifier des décisions qui n’ont pas eu l’effet escompté.

Si nous voulons sauver la révolution, il faut appliquer ce que nous avons décidé, ne pas permettre que les documents aillent dormir dans les tiroirs. Soit nous rectifions soit nous n’aurons plus le temps de continuer de frôler le précipice et nous y tomberons, et nous saborderons l’effort de générations entières.

L’unité ne se décrète pas. Nous serons d’autant plus unis que nous appliquerons des méthodes absolument démocratiques dans tout le cours politique de la nation, depuis une cellule du parti jusqu’à l’organe supérieur du pouvoir de l’État, et en faisant preuve de patience.

Nous avons un pays qui possède un niveau d’instruction élevé, et nous avons des tas de choses positives. Des acquis de la révolution, notre presse s’en charge bien et nous abondons aussi là-dessus dans les discours. Mais il nous faut aller à la racine des problèmes. La vie de la révolution est en jeu. Les erreurs, analysées avec honnêteté, peuvent se convertir en expériences et en leçons pour les surmonter et ne pas les reproduire. Telle est la grande utilité de l’analyse profonde des erreurs, ce qui doit finir par devenir une norme de conduite permanente de tous les dirigeants.

Vous connaissez l’adage selon lequel l’homme est le seul animal qui bute deux fois sur la même pierre. Eh bien, j’en connais certains ici qui ont buté cinq fois, six fois, dix fois, et si vous ne les arrêtez pas, ils continueront de buter. Ce n’est pas seulement la douleur à la cheville ou au bout du pied, c’est que ces erreurs coûtent des millions ! Si vous faites le calcul des millions de manque à gagner par inaccomplissement des plans, voyez un peu combien de problèmes nous aurions réglés.

En finir avec notre manie du secret

Oui, je suis partisan de lutter contre la manie du secret, parce que, sous ce tapis tout orné, se cachent les failles qui sont les nôtres. Je me rappelle certaines critiques que j’avais demandé à la presse de publier, voilà maintenant bien des années, des critiques non contre un organisme, mais contre un produit. Et aussitôt la grosse bureaucratie s’est mobilisée : « Ça n’aide pas, ça démoralise les travailleurs ! » Quels travailleurs allez-vous donc démoraliser ainsi ? Une autre occasion, ça a été la grande entreprise laitière du Triangulo. Ça faisait des semaines qu’un des camions de ramassage du lait était en panne et, quant au lait d’une partie de cette entreprise (pas de l’entreprise complète), on en alimentait les cochons ! J’ai demandé alors à un secrétaire du Comité central qui chapeautait l’agriculture à cette époque de raconter tout ça dans Granma2, de faire une critique. Quel coup de pied dans la fourmilière j’avais donné ! Mais on ne savait pas que c’était moi qui avais demandé de le faire, et certains sont venus me voir pour me dire : « Ces trucs-là n’aident pas, ça démoralise les travailleurs ! » Tout près du chef-lieu de province, en train de jeter le lait, d’en nourrir les cochons !

Si vous voulez garder le secret sur vos déficiences, eh bien, battez-vous et efforcez-vous de ne pas les commettre !

Deux et deux font quatre

La réalité des chiffres passe avant toutes nos aspirations et tous nos désirs. L’arithmétique la plus élémentaire nous apprend que deux et deux font quatre, pas cinq ni six. Mais parfois, à cause de nos déficiences, deux et deux font trois. Donc si, à un moment donné, nous voulons faire en matière économique et sociale quelque chose qui dépasse les ressources disponibles, soyons conscients que les faits s’imposeront irrémédiablement à la fin dans toute leur brutalité, malgré toutes nos bonnes intentions.

La vie nous conduit à cette conclusion : les prohibitions irrationnelles favorisent les violations, ce qui conduit à la corruption et à l’impunité. La population a donc tout à fait raison d’exprimer ses préoccupations devant les démarches tracassières relatives au logement et à la revente de véhicules entre personnes, pour ne citer que deux exemples de situations dont la solution est à l’étude, et qu’il faut régler de manière ordonnée. Car l’État réglemente ses relations avec l’individu, mais il n’a pas à se mêler des relations entre deux individus et à vouloir les réglementer. Si j’ai une voiture et qu’elle est à moi, j’ai le droit de la vendre à qui je veux, pourvu que je respecte les normes relatives au registre de la propriété.

Nous sommes aussi tout à fait conscients du dommage que le phénomène de la « pyramide inversée » a causé durant des années à la politique des cadres, autrement dit le fait que les salaires ne correspondent pas à l’importance et à la hiérarchie des postes de direction, et qu’il n’existe pas de différenciations adéquates entre les uns et les autres, ce qui freine la promotion des plus capables aux responsabilités supérieures dans les entreprises et les ministères.

Dernier congrès de la « génération historique »

Le 6e Congrès du parti sera forcément, selon la loi de la vie — ne l’oubliez jamais —, le dernier pour la plupart de ceux qui constituent, comme nous, la « génération historique ». Il nous reste peu de temps, la tâche est gigantesque, et je pense, sans vouloir faire preuve d’immodestie ou de vanité personnelle ou de sentimentalisme, que nous avons l’obligation de profiter de l’autorité morale que nous avons devant le peuple pour tracer la route à suivre et leur laisser résolues quelquesunes des questions importantes.

Nous ne nous croyons pas plus intelligents ni plus capables que d’autres, tant s’en faut, mais nous sommes convaincus que notre devoir élémentaire est de corriger les erreurs que nous avons commises durant ces cinquante ans de construction du socialisme à Cuba.

Quand un cadre se sent incapable d’appliquer les nouvelles orientations, il est correct qu’il présente sa démission

En 1959, certains de ceux qui occupaient des postes au gouvernement y renoncèrent pour protester contre les premières mesures radicales prises par la révolution. On les taxait de contre-révolutionnaires et on acceptait leur démission. Aujourd’hui, être vraiment révolutionnaire et honnête pour un cadre, c’est l’inverse : quand un cadre se sent fatigué ou incapable d’occuper vraiment son poste, ou d’appliquer les nouvelles orientations que nous prenons, il est correct qu’il présente sa démission, dignement et sans crainte, ce qui sera toujours préférable à la destitution.

À ce sujet, je dois évoquer trois compagnons qui ont occupé d’importantes responsabilités à la direction du parti et du gouvernement et auxquels, compte tenu des fautes commises, le Bureau politique a demandé de renoncer à leur condition de membres de cet organisme de direction, du Comité central et de député de l’Assemblée nationale du pouvoir populaire.

Il s’agit de Jorge Luis Sierra Cruz, de Yadira García Vera et de Pedro Sáez Montejo. Les deux premiers ont par ailleurs été destitués respectivement comme ministre du Transport et vice-président du gouvernement et comme ministre de l’Industrie lourde. Sierra, pour s’être attribué des compétences qui n’étaient pas de son ressort et qui l’ont conduit à commettre de graves erreurs que nous payons encore. Yadira García pour son très mauvais travail à la tête d’un ministère aussi important, qui couvre le pétrole, les mines, etc., notamment par le faible contrôle qu’elle a exercé sur les ressources destinées aux investissements, ce qui a favorisé leur gaspillage, comme on a pu le constater dans le projet d’agrandissement de l’entreprise de nickel Pedro Sotto Alba, à Moa, province d’Holguín. Ces deux compagnons ont été ouvertement critiqués au cours de deux réunions conjointes de la commission du Bureau politique et du Comité exécutif du Conseil des ministres.

De son côté, Pedro Sáez Montejo, faisant preuve d’une superficialité incompatible avec son poste de premier secrétaire du parti pour la ville de La Havane, a violé dans son travail des normes du parti, ce dont une commission du Bureau politique, que j’ai présidée et dont faisaient partie Machado Ventura et Esteban Lazo, a discuté avec lui.

Il est juste de signaler que tous trois ont reconnu leurs erreurs et ont réagi correctement, si bien que la commission du Bureau politique a décidé de leur laisser le statut de militant du parti et a jugé bon de les intégrer dans des travaux en rapport avec leurs spécialités respectives, certains à la base, d’autres, comme Sierra, qui est ingénieur mécanicien, dans un petit atelier d’une base de réparations générales de chars, un atelier de onze ou quatorze compagnons qui fabrique des pièces et qu’il dirige donc.

Sur le plan personnel, tous trois resteront mes amis, mais je n’ai d’engagement que vis-à-vis du peuple et, en particulier, de ceux qui sont tombés durant ces cinquante-huit ans de lutte ininterrompue depuis le coup d’État de 1952. Nous avons agi ainsi envers ces trois hauts dirigeants du parti et du gouvernement, mais sachez que c’est là la ligne que le parti et le gouvernement suivront envers tous les cadres. Nous serons toujours plus exigeants et nous donnerons des avertissements et adopterons des mesures disciplinaires en cas de transgressions des normes établies.

Le socialisme comme seule garantie

Grands ont été les défis et aussi les dangers depuis le triomphe de la révolution, surtout depuis la Playa Girón, mais aucune difficulté ne nous a fait plier. Nous sommes ici et nous y resterons grâce à la dignité, à l’intégrité, au courage, à la fermeté idéologique et à l’esprit de sacrifice révolutionnaire du peuple cubain qui a intégré depuis longtemps l’idée que le socialisme est la seule garantie pour lui de rester libre et indépendant.

Lignes directrices pour la politique économique et sociale3

La bataille économique constitue, aujourd’hui plus que jamais, la tâche principale et le centre du travail idéologique des cadres, parce que d’elle dépendent l’efficacité et la préservation de notre système social.
Raúl Castro Ruz, 4 avril 20104.

Afin d’établir les Lignes directrices de la politique économique, dans le cadre du 6e Congrès du Parti communiste de Cuba, il est essentiel de faire un constat de l’état actuel de l’économie cubaine et des problèmes à résoudre, en tenant en compte les principaux événements et circonstances externes et internes depuis le dernier Congrès.

Les problèmes internationaux

En ce qui concerne les facteurs externes, la situation internationale s’est caractérisée d’une part par une crise structurelle systémique, d’autre part et simultanément par des crises économique, financière, énergétique, alimentaire et environnementale. Toutes ces crises ont touché davantage les pays sous-développés.

Cuba, avec une économie ouverte et dépendante de ses relations économiques externes, n’a pas été épargnée par cette crise qui a provoqué l’instabilité des prix des produits d’échange, une diminution de la demande de ses produits et services d’exportation et qui a également provoqué des restrictions plus grandes pour l’obtention de financements externes.

En outre, le pays a souffert de la recrudescence du blocus économique, commercial et financier que lui ont imposé de manière ininterrompue depuis une cinquantaine d’années les États-Unis d’Amérique, situation qui n’a pas changé avec l’actuelle administration.

Toutefois, depuis la fin de l’année 2004, de nouvelles possibilités d’insertion internationale ont été mises en place pour Cuba, dans le cadre de l’Alliance bolivarienne pour les peuples de notre Amérique (ALBA). Celle-ci a permis d’accroître les sources de revenus provenant de la prestation de services, en particulier les services médicaux, au Venezuela et dans d’autres pays de la région. De la même manière, les relations commerciales et financières avec d’autres pays ont, elles aussi, augmenté, parmi lesquelles celles avec la Chine, le Vietnam, la Russie, l’Angola, l’Iran, le Brésil et l’Algérie.

En plus, les pertes causées par seize ouragans entre 1998 et 2008 se sont élevées à 20.564 millions de dollars, et celles provoquées par la sécheresse entre 2003 et 2005 à 1.350 millions de dollars. À cela, on peut ajouter celles correspondant aux années 2009 et 2010 qui n’ont pas encore été évaluées.

Les problèmes internes

En ce qui concerne les facteurs internes, nous avons été en présence de problèmes tels qu’une efficacité relativement basse, la décapitalisation de la base productive et de l’infrastructure, le vieillissement et la stagnation de la croissance démographique. Depuis 2005, nous avons clairement vu les limites de l’économie pour faire face au déficit financier de la balance des paiements, les prélèvements bancaires de transferts à l’extérieur et les montants importants de la dette. Tout cela a provoqué une grande tension dans l’économie et a conduit à l’adoption de diverses mesures :

  • Priorité à la croissance, à la diversification des exportations et à la substitution de produits d’importation à l’aide de programmes et de mesures spéciaux.
  • Distribution en usufruit de terres appartenant à l’État et qui sont inutilisées, dans le but d’accroître la production d’aliments et, ainsi, de réduire leur importation. Mise en place d’un important groupe d’investissements industriels à caractère stratégique pour le développement futur du pays.
  • Dans le but d’alléger la charge de l’État dans quelques-uns des services que celui-ci fournit, quelques essais ont vu le jour : sous-traitance de cantines et de transports ouvriers, mise en location, à des employés du secteur, de salons de coiffure pour hommes et femmes et de taxis.

Cependant, malgré l’adoption des mesures précédemment décrites, la situation existante est tellement complexe que celles-ci ne suffisent pas pour résoudre les principaux problèmes qui entravent le développement de l’économie. Il est donc nécessaire de :

  • Exploiter les terres en jachère qui représentent près de 50 % des terres et accroître les rendements agricoles.
  • Chercher des sources de financement alternatives pour arrêter le processus de décapitalisation de l’industrie et de l’infrastructure productive du pays.
  • Éliminer les « effectifs gonflés » dans toutes les sphères de l’économie et restructurer l’emploi, y compris des formules non étatiques, en appliquant un règlement de travail et de salaire aux travailleurs temporaires et, ainsi, éliminer les mesures paternalistes.
  • Accroître la productivité du travail, élever le niveau de la discipline et de la motivation du salaire en éliminant l’égalitarisme dans les mécanismes de distribution et de redistribution des revenus. Pour ce faire, il sera nécessaire de supprimer des gratuités indues et des subsides personnels excessifs.
  • Récupérer la capacité d’exportation des secteurs traditionnels, augmenter considérablement et diversifier les exportations des biens et des services, ainsi que réduire la forte dépendance à l’importation.

Le socialisme, ce sont des droits égaux et des chances égales, et non l’égalitarisme

Dans la nouvelle étape, la politique économique sera en corrélation directe avec le principe selon lequel seul le socialisme est capable de vaincre les difficultés et de préserver les acquis de la Révolution et que, dans la mise à jour du modèle économique, c’est la planification qui primera et non le marché.

Dans la politique économique qui est proposée, on retrouve le principe selon lequel le socialisme est synonyme d’égalité de droits et d’égalité d’opportunités pour tous les citoyens et pas synonyme d’égalitarisme. Le travail est à la fois un droit et un devoir, un motif d’accomplissement personnel pour chaque citoyen. Celui-ci devra être rémunéré conformément à sa quantité et à sa qualité.

Les objectifs à court et moyen terme

Dans le but d’éléminer le déficit de la balance des paiements, il faut apporter des solutions à court terme qui à la fois renforcent l’entrée de recettes externes et la substitution d’importations qui, à leur tour, répondent aux problèmes qui ont un plus grand impact immédiat sur l’efficience économique, la motivation pour le travail et la distribution des revenus, et créent les conditions d’infrastructure et de productivité nécessaires permettant le passage à une étape supérieure du développement. À plus long terme, il faut appliquer des solutions de développement durable, qui permettront une importante autosuffisance alimentaire et énergétique, une utilisation efficace du potentiel humain, une compétitivité importante dans les productions traditionnelles, ainsi que le développement de nouvelles productions de biens et de services de grande valeur ajoutée.
En fonction de cela, nous avons défini les orientations suivantes5 :

Le modèle économique

  • Le système de planification socialiste continuera à définir la direction de l’économie nationale et, à son tour, devra rendre possibles les nouvelles formes de gestion et de direction de l’économie nationale.
  • Outre l’entreprise étatique socialiste, qui est la forme principale de l’économie nationale, on devra reconnaître et stimuler les entreprises de capital mixte, les coopératives, les usufruitiers de terres, les bailleurs d’établissements, ceux qui travaillent à leur propre compte et tous ceux qui pourraient contribuer à accroître l’efficacité du travail social.
  • Dans les nouvelles formes de gestion non étatiques, nous n’autoriserons pas la concentration de la propriété en personne physique ou juridique.
  • La planification comprendra non seulement le système d’entreprise étatique et les entreprises cubaines de capital mixte, mais régularisera aussi les autres formes non étatiques.

La politique macroéconomique

  • Parvenir à une plus grande coordination entre les objectifs du plan de l’économie nationale et la politique monétaire et fiscale.
  • Parvenir à un équilibre externe, à partir d’un solde favorable du compte courant6 de la balance des paiements, soutenu dans le comportement de l’économie réelle, qui permet de compenser le déséquilibre du compte financier.
  • Établir une relation plus efficace entre la consommation à partir des revenus provenant du travail et les fonds sociaux de consommation.

Garantir la production des biens et des services

  • Une croissance de la productivité du travail qui dépasse la croissance du revenu moyen des travailleurs .
  • Un accroissement soutenu de l’efficience économique.
  • Une relation entre le composant importé des processus productifs et la capacité de générer des recettes en devises de l’économie, qui soit stable à moyen et long terme.

Quelque chose d’absolument neuf pour tous les Cubains : payer des impôts

  • Le système d’imposition sera basé sur les principes de la généralité et de l’équité de la charge fiscale, des impôts plus élevés seront appliqués aux revenus plus grands afin d’atténuer les inégalités entre les citoyens.
  • On devra favoriser la culture fiscale et la responsabilité sociale de la population et des organismes du pays dans l’accomplissement rigoureux des obligations fiscales, pour développer la valeur civique de contribution à l’appui des frais sociaux et des hauts niveaux de discipline fiscale.
  • Les frais dans la sphère sociale s’ancreront dans les possibilités réelles de ressources financières qui sont produites par l’économie du pays.
La politique des prix
  • Le système de prix devra faire l’objet d’une révision intégrale qui permette de mesurer correctement la situation économique, de stimuler l’efficience, l’accroissement des exportations et la substitution d’importations et d’éliminer des subventions et des gratuités indues.

Les investissements étrangers

  • Continuer à favoriser la participation du capital étranger, en complément à l’effort d’investissement national, dans les activités qui sont de l’intérêt du pays.
  • Garantir que dans l’attraction de l’investissement étranger, on satisfasse divers objectifs tels que: l’accès à des technologies de pointe, des méthodes de gestion, la diversification et l’extension des marchés d’exportation, la substitution d’importations, l’apport de financements externes.
  • Établir un contrôle rigoureux du respect des règlements, des procédures et des engagements contractés par la partie étrangère.
  • Promouvoir la création de zones spéciales de développement qui permettraient d’augmenter l’exportation, la substitution effective d’importations, les projets de haute technologie et le développement local, et qui contribuent à la création de nouvelles sources d’emploi.

La collaboration

  • Faire en sorte que la collaboration internationale que Cuba reçoit et offre se développe en accord avec les intérêts nationaux et garantir que toutes les actions soient effectuées dans le cadre du plan de l’économie nationale.
  • Continuer à développer la solidarité internationale à travers la collaboration qu’offre Cuba et établir les registres économiques et statistiques nécessaires qui permettent d’effectuer les analyses requises, en particulier des coûts. Considérer, dans la mesure du possible et dans la collaboration solidaire qu’offre Cuba, la compensation des coûts.

L’intégration économique

  • Donner la priorité à la participation à l’Alliance bolivarienne pour les peuples de notre Amérique (ALBA) et travailler rapidement et intensément pour la coordination, la coopération et l’amélioration économique.
  • Poursuivre la participation active de l’intégration économique avec l’Amérique latine et les Caraïbes comme objectif stratégique, et maintenir la participation dans les schémas régionaux d’intégration commerciale.

 

La politique sociale

  • Continuer à préserver les acquis de la Révolution, comme l’accès aux soins médicaux, à l’éducation, à la culture, au sport, aux loisirs, à la sécurité sociale et à la protection par l’assistance sociale des personnes qui en ont besoin.
  • Faire du travail l’élément fondamental pour contribuer au développement de la société et à la satisfaction des besoins personnels et familiaux.
  • Poursuivre l’amélioration de l’éducation, de la santé, de la culture et du sport. C’est pourquoi il s’avère indispensable de réduire ou d’éliminer les frais excessifs dans la sphère sociale.

Santé

  • Renforcer la qualité du service offert, ainsi que l’utilisation efficace et judicieuse des ressources et l’élimination des frais inutiles.
  • Réorganiser géographiquement les services et employer efficacement la technologie dont on dispose. Renforcer le diagnostic clinique et utiliser rationnellement les moyens d’études complémentaires, en particulier les technologies plus coûteuses. Consolider et exiger l’utilisation de protocoles par maladie.
  • Continuer à favoriser les espaces d’éducation pour éviter l’automédication de la population et mettre en œuvre d’autres mesures qui contribuent à la consommation rationnelle de médicaments.

Emploi et salaires

  • S’assurer que chacun reçoive un salaire selon son travail et que celui-ci produise des biens et des services de qualité.
  • Donner la priorité aux augmentations de salaire aux postes de travail qui produisent des recettes en devises ou permettent d’économiser ces dernières, qui produisent des aliments et d’autres biens de consommation indispensables et qui développent le processus d’investissement. Une attention spéciale doit être portée à la stimulation de l’introduction d’avancées scientifiques et de nouvelles technologies dans la production.
  • Modifier la structure de l’emploi, réduire les effectifs gonflés et étendre le travail dans le secteur non étatique. Pour cela, il faut :
  • Étendre l’exercice du travail à son compte et son recours comme une possibilité supplémentaire à la création d’emplois qui contribuent à élever l’offre de biens et de services. Appliquer un régime fiscal qui garantisse que ceux qui s’intègrent à ces activités participent proportionnellement à leurs recettes.
  • Développer des processus de disponibilité de travail, suivant le principe de la pertinence démontrée, en contribuant à éliminer des traitements paternalistes. Stimuler la nécessité de travail.
  • Prévoir la formation de main-d’œuvre qualifiée en accord avec les demandes actuelles et le développement du pays et corriger les déformations que présente aujourd’hui la structure de la formation de spécialistes de niveau supérieur, techniciens moyens et ouvriers qualifiés.
  • Renforcer le rôle du salaire dans la société en réduisant les gratuités indues et les subventions personnelles excessives, tout en accordant des allocations aux personnes qui sont dans le besoin.
  • Mettre en œuvre l’élimination ordonnée du carnet de rationnement comme norme de distribution égalitaire et à des prix subventionnés, qui actuellement profite au citoyen qui en a besoin aussi bien qu’à celui qui n’en a pas besoin, ce qui incite à des pratiques de troc et de revente et favorise un marché souterrain.
  • Maintenir l’alimentation sociale dans la sphère des services sociaux, dans les centres de santé et d’éducation qui le requièrent. Il est nécessaire de renforcer la protection de la population à risque pour ce qui est de l’alimentation.
  • Garantir que l’aide sociale soit reçue par les personnes qui en ont réellement besoin, parce qu’elles sont inaptes au travail et ne peuvent pas compter sur l’aide de la famille. Éliminer les prestations qui peuvent être assumées par les personnes ou des parents et en adapter d’autres. Parallèlement, on doit intégrer tout le travail social dans un seul centre coordinateur.

Politique agro-industrielle

  • Parvenir à ce que ce secteur cesse d’être un importateur net d’aliments et diminue la haute dépendance de financement qui est couverte aujourd’hui avec les recettes d’autres secteurs.
  • Adopter un nouveau modèle de gestion correspondant à une plus grande présence de moyens de production non étatiques, qui devra être soutenu pour une utilisation plus efficace des relations monnaiemarchandise, afin de promouvoir une plus grande autonomie des producteurs, d’augmenter l’efficience.
  • Donner la priorité, à court terme, à la substitution d’importations des aliments qui peuvent efficacement être produits dans le pays.
  • Continuer à réduire le nombre de terres non productives et à augmenter les rendements par la diversification, la rotation et la polyculture. Développer une agriculture durable en harmonie avec l’environnement, qui favorise l’utilisation efficace des ressources phytogénétiques et zoogénétiques, y compris les semences, les variétés de plantes, la discipline technologique, et en renforçant l’utilisation des engrais organiques, biofertilisants et biopesticides.
  • Organiser la main d’œuvre collectivement, en obtenant une bonne relation entre le nombre d’hommes assignés à une tâche et le résultat de celle-ci, assurant l’augmentation de la productivité du travailleur agricole et améliorant son revenu et sa qualité de vie.
  • Mettre à jour et exécuter des programmes visant à la préservation et à la réadaptation des ressources naturelles qui sont utilisées : sols, eau, forêts, animaux et plantes, en formant les producteurs à la gestion environnementale, et en appliquant avec une plus grande rigueur les règlements établis et des sanctions en cas de violation de ceux-ci.

Politique industrielle

  • Orienter le développement industriel essentiellement vers la promotion des exportations, en réduisant les importations.
  • Réorienter à court terme les productions du secteur industriel en vue d’assurer les demandes des marchés en agissant sur les facteurs de production nécessaires aux différentes formes de production (en particulier les coopératives et les travailleurs à leur compte), ainsi que développer l’offre d’équipements pour les productions à petite échelle, en particulier pour soutenir le développement des industries locales.
  • En élaborant les plans d’investissement, prêter une attention prioritaire à l’impact environnemental associé au développement industriel : en particulier, dans les branches de la chimie et de la pétrochimie, du nickel, du ciment et des autres matériaux de construction.

Politique énergétique

  • Accroître la production nationale de pétrole brut et du gaz associé, en exploitant les gisements connus et en accélérant les études géologiques visant à en trouver de nouveaux, y compris les travaux d’exploration dans la Zone économique exclusive (ZÉE) du golfe du Mexique.
  • Élever la capacité de raffinement du pétrole brut en atteignant des volumes permettant de réduire l’importation de produits dérivés.

Politique du commerce

  • Les conditions dans lesquelles opérera l’économie requièrent une restructuration du commerce, tant en gros qu’au détail.
  • La structure et l’organisation du commerce de détail devront diversifier les qualités des produits et des services offerts, pour satisfaire la demande des différentes parties de la population et les leur rendre accessibles, comme faisant partie des facteurs qui contribuent à stimuler le travail.
  • Définir les formes de distribution en gros, y compris celles qui répondent aux nouvelles modalités de production et de services non étatiques, ainsi qu’à la portée et aux caractéristiques du réseau de vente au détail.
  • Comme politique de développement de la consommation, on devra donner la priorité à la consommation de protéines animales, de vêtements et de chaussures. On devra également donner la priorité à la vente d’appareils électroménagers, de matériaux de construction, de mobilier, de linge, entre autres.

Pol De Vos (pdevos at itg.be) est médecin et travaille au département de Santé publique à l’Institut de médecine tropicale à Anvers. En 2010 il a obtenu de l’Université de Gand un doctorat en Sciences médicales pour une thèse intitulée Strengthening Public Health Systems : an Analysis of Global Trends and Counter-Praxis in Cuba. Il étudie les réformes des systèmes de santé en Amérique latine et l’organisation des soins de santé à Cuba. Il est membre du Département d’étude et de formation du Parti du Travail de Belgique. (Bibliographie sur poldevos.blogspot.com)


NOTES

1 Extraits du discours de Raúl Castro Ruz, président cubain, à l’Assemblée nationale du pouvoir populaire à La Havane, le 18 décembre 2010 (http://www.cuba.cu/gobierno/ rauldiscursos/2010/esp/r181210e.html; en français http://www.cuba.cu/gobierno/rauldiscursos/2010/fra/r181210f.html). (Choix des extraits et sous-titres : Pol De Vos.)

2 Journal du Parti communiste de Cuba (PDV).

3 Extraits des Lignes directrices pour la politique économique et sociale. Documents de préparation au 6e Congrès du Parti communiste de Cuba (http://www.cubadebate.cu/wpcontent/uploads/2010/11/proyecto-lineamientos-pcc.pdf) (Choix des extraits et soustitres : Pol De Vos.)

4 Discours prononcé par Raúl Castro Ruz à la clôture du 9e Congrès de l’Union des jeunes communistes, La Havane, 4 avril 2010 (http://www.cuba.cu/gobierno/rauldiscur sos/2010/esp/r030410e.html ; en français : http://www.cuba.cu/gobierno/rauldiscursos/2010/fra/r030410f.html).

5 Nous donnons ici une sélection des principales mesures (NdlR).

6 Solde en compte courant : exportations de biens et de services, moins importations de biens et de services ; plus, dividendes, envois de l’étranger et autres.